Lundi 13 Juillet 2026
Au cœur du Cantal, le Puy Mary et la vallée de l’Impradine
Pour cette semaine, une photo coup de cœur, qui pour moi symbolise parfaitement tout le charme du Cantal, avec en particulier le contraste entre la rondeur verdoyante des vallées et la relative âpreté des crêtes sinueuses et effilées qui les séparent. On est ici sur le flanc nord-est du strato-volcan, dans la vallée de l’Impradine qui, si elle n’est pas la plus secrète de la quinzaine de vallées glaciaires qui rayonnent en étoile depuis le centre de l’édifice, a néanmoins un caractère nettement plus intimiste que celles, plus passantes, de la Jordanne, du Mars, de l’Alagnon ou de la Cère. Et à l’horizon, exactement dans l’axe de la vallée, la silhouette pyramidale emblématique du Puy Mary, classé grand site de France et deuxième sommet du Cantal (1783 m), est une excellente occasion de parler, non pas de l’histoire de ce volcan hors normes (il y aura de nombreuses autres occasions dans les épisodes futurs), mais de géomorphologie glaciaire, assez belle ici. Quant on parcourt le Cantal, c’est d’ailleurs avant tout à des formes glaciaires que l’on est confronté, bien plus qu’à des formes volcaniques primaires.
Au cours des derniers millions d’années, les épisodes glaciaires quaternaires ont permis la constitution de calottes de glace dans de nombreux secteurs du Massif Central, plus particulièrement sur son flanc ouest où l’alignement des reliefs volcaniques qui courent depuis la Chaîne des Puys au nord jusqu’au plateau d’Aubrac au sud, et qui constituent la première barrière aux flux océaniques d’ouest dominants en France, sont copieusement arrosés, et donc enneigés.
Contrairement aux rivières, les glaciers ne sont pas capables de creuser des vallées. S’ils s’installent sur des plateaux aux altitudes peu contrastées, comme en Aubrac ou sur le Cézallier, ils vont simplement les raboter et laisser des surfaces « moutonnées » caractéristiques. En revanche, s’ils s’installent dans des vallées fluviales déjà présentes, comme c’était le cas dans le Cantal, ils vont les élargir, les retoucher, pour leur donner un profil caractéristique « en auge », avec un fond plat et des flancs nettement plus redressés. La quinzaine de vallées glaciaires du Cantal sont loin d’être aussi spectaculaires que celles des Alpes ou des Pyrénées, néanmoins l’œil exercé repèrera plus ou moins rapidement l’aspect singulier des ces larges vallées, et surtout le contraste saisissant avec les gorges étroites et profondes des « pays coupés » qui encerclent le Cantal de tous côtés, en Artense, Xaintrie, Châtaigneraie ou Caldaguès. La plupart des rivières qui prennent leur source dans le Cantal et circulent au fond de larges auges glaciaires s’encaissent d’ailleurs plus ou moins rapidement dans des gorges resserrées et difficilement franchissables dès qu’elles quittent le stratovolcan. La transition est particulièrement nette dans la vallée du Mars sur le flanc nord-ouest, entre Moussages et Mauriac.
Cirques et arêtes glaciaires, une spécificité cantalienne dans le Massif Central
Bien plus que ces larges vallées, ce qui est spectaculaire dans le Cantal, c’est le fait que, au fur et à mesure que l’érosion glaciaire les élargit, les plateaux qui les séparent (les « planèzes ») se rétrécissent et laissent place dans la partie centrale à de longues crêtes effilées ou « arêtes », qui constituent un réseau remarquable autour des sommets de la partie centrale. Il peut y avoir des brèches, comme celle de Roland sur la crête entre Puy Mary et Peyre-Arse, mais aussi et surtout des « cornes » lorsqu’une roche plus dure résiste à l’érosion régressive. Le Puy Griou, sur l’arête qui sépare les vallées de la Cère et de la Jordanne, en est le plus fier représentant.
Le Puy Mary, un très bel exemple de « horn » glaciaire
Le Puy Mary (et c’est particulièrement net sur la vue 3D Google Earth ci-dessous) est une pyramide à quatre faces aux formes quasi-parfaites, située à la convergence de quatre arêtes qui séparent les cirques glaciaires qui forment les têtes des vallées du Mars à l’ouest (cirque du Falgoux), de la Jordanne au sud (cirque de Mandailles), de l’Impradine à l’est (cirque d’Eylac), et de la Petite Rhue au nord (cirque de Bois Mary). Dans ce cas, on ne parle plus de corne, mais de « horn », aiguille à trois ou quatre faces. Les horns, dont le plus célèbre exemple est le Cervin dans les Alpes, sont très acérés en haute montagne ; ici le profil est plus doux, mais quand même nettement identifiable.
A l’origine, le Puy Mary était un dôme de trachyte (en orange vif sur la carte géologique ci-dessous), résultant d’une éruption péléenne de lave visqueuse. Associé à des dépôts de nuées ardentes visibles à sa périphérie, en particulier autour du pas de Peyrol, il devait donc ressembler à l’actuel Puy de Dôme, avec une forme générale arrondie. C’est ce dôme que les quatre cirques glaciaires ont attaqué de tous côtés pour le re-profiler en pyramide à quatre faces.
Sur l’image ci-dessous, on voit la face sud de la pyramide, côté vallée de la Jordanne, avec à gauche la pointe de la Roche Noire, petite corne glaciaire sur l’arête séparant les cirques de Mandailles et du Falgoux.
Côté cirque du Falgoux justement, on retrouve à droite la corne de la Roche Noire, au pied de laquelle passe la D17 qui rejoint le Pas de Peyrol. Le sentier aménagé qui permet de rejoindre le sommet du Puy Mary emprunte l’arête séparant les vallées du Mars et de la Petite Rhue.
Sur l’extrait de carte géologique ci-dessous, la pyramide du Puy Mary est visible dans l’angle sud-ouest. Vers le nord et l’est, on voit parfaitement les cirques glaciaires et les vallées de la Petite Rhue et de l’Impradine, séparées par l’arête qui passe par le col de Serre. Plus à l’ouest, un autre cirque glaciaire à la tête de la vallée de la Santoire, dans laquelle se jette l’Impradine, s’étend au pied du Puy de Peyre-Arse, du Puy Bataillouse et du Téton de Vénus.
La vallée de l’Impradine, un havre de paix au coeur du Cantal
Impradine et Santoire confluent quelques kilomètres à l’aval de leurs sources respectives. Juste en face du point de prise de vue (repère en noir sur la carte géologique ci-dessus), l’arête à la confluence des deux vallées est affectée d’un important glissement de terrain lié à la déstabilisation des pentes lors de la dernière déglaciation. Visible sur la carte géologique à la zone blanche avec chevrons bleus, il apparaît sur l’image ci-dessous sous forme de la surface mamelonnée et non boisée au pied de l’escarpement.
L’endroit d’où la première image et celles qui suivent ont été prises est un lieu magique (mais privé !) découvert au hasard de repérages en 2021 pour la deuxième édition du circuit de découverte GéoLozère dans le Cantal. C’est la terrasse de l’Auberge d’Aijean, au hameau de La Gandilhon où, accessoirement, l’on mangeait très bien en 2021 et en 2022. Malheureusement, l’activité de restauration a cessé, mais le lieu est toujours accessible puisque les propriétaires continuent à louer des gîtes et un studio.
Lors de notre repas en 2021, j’ai multiplié les prises de vue de ce petit coin de vallée hors du temps et du tumulte du monde, où l’on a juste envie de se perdre dans la contemplation des pentes verdoyantes et apaisantes des vallées de la Santoire et de l’Impradine.
A peine visibles à l’œil nu depuis le fond de la vallée, les chevaux en liberté sur les estives de la crête du Peyre-Arse ont été un sujet idéal pour tester les limites du zoom de mon petit appareil photo, qui ne paie vraiment pas de mine, mais qui est bien plus puissant que celui de n’importe quel modèle de smartphone ultra-récent.
Faisant fi des longs discours, une adhérente de GéoLozère profite en silence de la magie du lieu, confortablement installée à l’ombre face au panorama.
Le volcan du Cantal avec GéoLozère en Août 2022
Diaporama d’introduction
Partie 1 : Morphologie, hydrologie et paysages
Partie 2 : Le socle et le volcanisme du Massif Central
Partie 3 : Histoire et construction du volcan
Pour aller plus loin
Sur la page du grand site de France Puy Mary : l’image de fond de la page d’accueil montre la face nord, côté Petite Rhue, de la pyramide du Puy Mary, ainsi que le sentier d’accès au sommet depuis le Pas de Peyrol, qui suit l’arête nord-ouest séparant les cirques de la Petite Rhue et du Mars. On voit également, à l’arrière-plan à gauche, l’arête qui rejoint le Peyre-Arse en passant par la Brèche de Roland.
Sur la vallée de l’Impradine et le cirque d’Eylac : un site avec beaucoup d’images.
Sur les paysages du Cantal : le Centre de Ressources des paysages d’Auvergne Rhône-Alpes propose ce chapitre consacré au Cantal, un très bon récapitulatif de toutes les particularités morphologiques de ce strato-volcan.
Sur la formation des horns et cornes glaciaires : la page consacrée sur le site geoglaciaire.net, où vous pourrez également explorer toute la variété des paysages et formes glaciaires.
Sur l’englacement quaternaire du Massif Central, un article en français avec une bibliographie exhaustive, téléchargeable au format .pdf :
La notice de la carte géologique de Murat, dont les presque 300 pages sont une mine d’informations pour tous ceux qui veulent aller beaucoup plus loin sur le stratovolcan cantalien :
* Imperfection humaine
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La semaine prochaine : Le sentier des ocres de Roussillon
