2019 : Circuit de découverte géologique dans les Cévennes
entre Ardèche et Gard

Les Cévennes sont une singularité géographique et culturelle directement héritée de la géologie. La Faille des Cévennes, élément local du rift péri-alpin qui s’étend de la Méditerranée à la Bohême en passant par les Limagnes, la Bresse et la Plaine d’Alsace, détermine ici une vigoureuse marche d’escalier que les cours d’eau ont du creuser de façon spectaculaire pour faire la jonction, sur très peu de distance, entre leurs sources sur les hauts plateaux ardéchois et lozériens et leur confluence avec le Rhône.

Le résultat, c’est ce pays très accidenté de « serres » et « valats », où les lignes droites sont inexistantes, où chaque village ou hameau est un bout du monde difficilement accessible, où les précipitations peuvent prendre un caractère extrême, et où l’habitat et les infrastructures traditionnelles témoignent de la lutte acharnée qu’ont du mener les populations locales contre les éléments pour s’implanter et survivre. Mais c’était le prix à payer pour bénéficier d’un refuge unique qui a fait des Cévennes le haut lieu de nombre de résistances et contre-cultures, des camisards aux maquisards aux néo-ruraux modernes.

Bien que très proches des terres d’attache de GéoLozère, les Cévennes ont été à peine effleurées lors des premières excursions de l’association dans les années 2000, justement du fait de leur relative inaccessibilité. Mais l’idée d’un circuit qui leur serait entièrement consacré a germé dès 2011 lors d’une traversée du plateau du Coiron d’Aubenas à Privas. Impossible, après le Cantal, le Velay et le Puy de Dôme, de ne pas venir visiter ce secteur ainsi que les tous proches jeunes volcans d’Ardèche.

Si j’avais encore été seul aux commandes de GéoLozère en 2018, il est probable que, vu ma relative méconnaissance des Cévennes et du métamorphisme de manière plus générale, ce circuit aurait encore attendu quelques années. Mais fort heureusement, Jacques Thibieroz, qui avait rejoint l’association dès 2016, connaissait parfaitement ce secteur, et c’est tout naturellement qu’il a pris une part conséquente à la conception du circuit. Les trois premières journées ont entièrement été pensées et encadrées par lui. C’est malheureusement le dernier circuit de l’association auquel il a participé avant sa disparition en 2022.

Ce circuit restera également dans nos mémoires du fait de la chaleur excessive qui n’a fait que croître au cours de la semaine. Le record absolu en France de 46°C à Vérargues dans l’Hérault a été atteint l’après-midi où nous arpentions les jeunes volcans d’Ardèche. Mais même cette lente cuisson n’a pu nous empêcher de boucler le programme avec enthousiasme !

Laurent Massé

Photos : tous les membres du groupe

Découverte géologique en Cévennes et Ardèche - les participants
Groupe GéoLozère Ardèche 2019 découverte géologique Ardèche

De gauche à droite en haut: Patrice Guislin, Jacques Thibieroz, Joël Brière, Lucienne Clauzon, Jean-Marc Noël, Jean Molines, Michel Bourdillon, Jacqueline Bourdillon, Patrick Petit, Fanny Noël, Nouche Mogniat, Marie-Hélène Bonnin, Laurent Ham, Laurent Massé. De gauche à droite en bas: Danielle Le Corre, Catherine Ham, Andrée Guislin, Danielle Bonnal, Anne Laroche, Jean Le Joubioux. (montage : Danielle Le Corre).

Le programme

(les couleurs des en-têtes de chaque journée ci-dessous correspondent aux couleurs sur la carte)

Samedi 22 Juin

Rendez-vous et installation l’Hôtel de l’Europe à Joyeuse.

Dimanche 23 Juin : le Bois de Païolive

Le matin, conférence-diaporama sur la géographie et histoire géologique des Cévennes . En fin de matinée, départ pour le Bois de Païolive. Pique-nique à l’ancienne gare de Chassagnes. Balade pédestre jusqu’à l’ermitage Saint-Eugène de Chassagnes . Le four à cade, visite de l’ermitage et panorama sur la vallée du Chassezac, le gouffre dans le Jurassique supérieur et la karstification. En fin d’après-midi, visite de la commanderie de templiers de Jalès à Berrias.

En bordure du Bois de Païolive, l’ermitage Saint-Eugène de Chassagnes surplombe la vallée du Chassezac au sommet d’une falaise de calcaires du Kimmeridgien.

Au départ du sentier, de probables tubes d’hermelles dans les calcaires de l’Oxfordien terminal.

La cheminée du four à huile de cade (obtenue à partir du genévrier).

A l’approche de l’ermitage, vue vers le Nord-Est sur les falaises de calcaires du Kimmeridgien (au premier plan) et de calcaires lités de l’Oxfordien terminal (au second plan).

Un peu de fraîcheur dans la chapelle de l’ermitage.

Le cirque et le village de Chassagnes depuis l’ermitage Saint-Eugène. Au tiers gauche de l’image, une faille met en contact les calcaires du Kimmeridgien (à gauche et au premier plan) avec les marno-calcaires du Callovien et de l’Oxfordien (à droite et à l’arrière-plan. A l’horizon, le Serre de Barre (911 m), point culminant du promontoire métamorphique de la Cézarenque.

La façade nord ouest de la commanderie templière de Jalès.

La cour intérieure et le puits de la commanderie templière de Jalès.

Lundi 24 Juin : Montselgues et le Trias de la bordure cévenole

Départ pour Montselgues. Panorama sur le Mont Lozère, la Montagne du Goulet, les plateaux du Roure et de La Garde Guérin et la vallée de la Borne. La tourbière des Narcettes. Déjeuner à l’auberge l’Aure. Les grès d’Ucel du Trias supérieur à paléosols à Chassagnes. Le sentier des « tétines » de Vernon et la cascade de Baumicou.

Panorama vers le Sud-Ouest depuis la bordure du plateau de Montselgues. Au premier plan, les gorges de la Borne et le village de Saint-Jean Chazorne. Au second plan, le plateau du Roure. Encore plus loin vers la gauche de l’image, on devine les gorges du Chassezac et le plateau de la Garde-Guérin, et enfin la Cham des Balmelles. A l’horizon, les crêtes du Mont Lozère (à gauche), de la Montagne du Goulet (au centre) et du Moure de la Gardille (à droite).

Le village médiéval de la Garde-Guérin depuis la bordure du plateau de Montselgues.

A la tourbière des Narcettes, rides de courant dans les grès du Trias.

La tourbière des Narcettes et la crête du Mont Lozère à l’horizon.

Sphaignes et droseras à la tourbière des Narcettes.

Spectaculaire paléosol bariolé dans les grès d’Ucel du Trias supérieur à Chassagnes. Les traces bleues soulignent un ancien réseau de racines.

Détail des grès et conglomérats du Trias à Vernon. L’aspect très anguleux des grains et leurs tailles variables témoignent d’un transport fluviatile sur une très courte distance.

Stratifications en auges dans les grès du Trias à Vernon.

Les « tétines » de Vernon, figures originales résultant d’irrégularités de la cimentation dans les grès du Trias.

Mardi 25 Juin : la Faille des Cévennes et le bassin houiller

Départ pour Rousson et le fossé d’Alès. La vierge du Castelas, panorama sur la bordure cévenole et les marches du système de la Faille des Cévennes. Le miroir de faille et ses stries. Pique-nique à Champclauson. Visite de la Forêt Fossile. Le château de Portes. Le bassin houiller de Bessèges, la sédimentation carbonifère et ses déformations.

Panorama vers le Sud depuis la Vierge du Castelas à Rousson (398 m). A gauche, le fossé oligocène d’Alès avec les agglomérations de Rousson et Salindres. A droite, les contreforts des Cévennes.

Panorama vers le Nord depuis la Vierge du Castelas. A gauche, les contreforts des Cévennes et l’agglomération des Mages. A droite, le bassin de décantation des boues rouges.

A Mas Rescos, un miroir de la faille des Cévennes. Les stries de calcite soulignent les deux principales phases de mouvement : jeu décrochant pyrénéen à l’Eocène (pointillés orange) et jeu normal alpin à l’Oligocène (pointillés jaunes).

Tronc de Sigillaria à Champclauson.

Tronc de Sigillaria à Champclauson.

Base du tronc et sommet du système racinaire d’un Sigillaria à Champclauson.

Fragments de fougères dans les dépôts houillers à Champclauson.

Le château de Portes, sur une crête entre les vallées de la Cèze et de l’Auzonnet.

Veines de houille décimétriques dans les dépôts carbonifères au Pradel.

Mercredi 26 Juin : Pont d’Arc, la Grotte Chauvet 2 et Balazuc

Départ pour Vallon Pont d’Arc. Pont d’Arc et les gorges de l’Ardèche, le belvédère du Serre de Toure. Visite de la Grotte Chauvet 2. Pique-nique et café à Balazuc. Visite guidée du Muséum de l’Ardèche..

Pont d’Arc, arche de calcaires urgoniens enjambant l’Ardèche.

Depuis le belvédère du Serre de Tourre, vers l’Ouest, un méandre très accusé de l’Ardèche, dominé par l’escarpement du Rocher de Saleyron.

Tests de rudistes dans les calcaires urgoniens au Serre de Tourre.

Jeudi 27 Juin : le volcanisme du plateau du Coiron

Départ pour Mirabel. Les coulées basaltiques surplombant les marnes du bassin d’Aubenas. La grotte du Baumier. Les dépôts de maar et le dyke basaltique du Coulet de la Soulière. Pique-nique et café à Berzème, café Chez Mon Grand-Père. Le neck de Sceautres, plus volumineux neck basaltique d’Europe.

Panorama vers l’Ouest depuis la tour de Mirabel. A l’horizon, les Monts du Vivarais, et à droite, la « digitation » basaltique de Saint-Laurent sous Coiron.

Vue rapprochée de Saint-Laurent sous Coiron. On devine au moins deux coulées basaltiques superposées, la plus ancienne armant le rebord du plateau sous le village, la plus récente (sous la croix) surplombant le village. Les marnes du Valanginien sont particulièrement bien exposées dans le ravin entaillant le coteau.

A proximité de la tour de Mirabel, détail du contact entre les marnes du Valanginien à la base et la première coulée basaltique, précédée d’une semelle décimétrique de niveaux scoriacés.

A la base de la coulée basaltique à proximité de Mirabel, l’habitat troglodytique du Baumier.

Panorama vers le Nord depuis le Coulet de la Soulière. Les dépôts phréatomagmatiques sont visibles à gauche. A droite dans le lointain, on devine les faubourgs de Privas.

Détail des dépôts phréatomagmatiques au Coulet de la Soulière.

L’un des dykes de basalte recoupant les dépôts phréatomagmatiques au Coulet de la Soulière.

Pyroxènes dans les basaltes au Coulet de la Soulière.

Le village et le neck de Sceautres.

La face Nord Ouest du neck de Sceautres. Les gerbes de prismes d’orientations différentes indiquent un édifice construit en plusieurs phases.

Détail des gerbes de prismes d’orientations différentes sur la face Nord Ouest du neck de Sceautres.

Le neck de Sceautres.

Vendredi 28 Juin : les jeunes volcans d’Ardèche et le bassin houiller de Prades-Jaujac

Les coulées basaltiques de Pont de Labeaume et le château de Ventadour. Les coulées basaltiques de l’Amarnier. Pique-nique à l’ancienne église Notre-Dame de Prévenchères dans la vallée de la Fontolière. La Gravenne de Thueyts dans la vallée de l’Ardèche. La coulée de Jaujac au Pont de l’Echelette dans la vallée du Lignon. Le bassin houiller de Prades-Jaujac.

A Pont de Labeaume, la confluence entre l’Ardèche et la Fontolière (arrivant du Nord au pied du château de Ventadour). A l’horizon dans la vallée de l’Ardèche, le volcan du Souilhol est visible sur le versant, juste à droite du sommet principal.

A Pont de Labeaume, détail de la superposition des coulées basaltiques du Ray-Pic (colonnade grossière au niveau de la route) et du Souilhol (colonnade plus fine au-dessus du niveau d’arbustes et entablement sus-jacent).

A Amarnier dans le lit de la Bourges, enclaves de péridotite dans un galet de basalte de la coulée du Ray-Pic, issue de la Coupe de la Fialouse à une vingtaine de kilomètres au Nord.

A la Gravenne de Thueyts, le front de taille du cône de scories à gauche, et les produits de l’exploitation ou pouzzolane à droite.

Dans la vallée du Lignon au pont de l’Echelette, la coulée issue de la Coupe de Jaujac à quelques kilomètres au Sud montre la superposition classique d’une colonnade d’orgues à la base et d’un entablement de faux prismes au sommet.

Débris de plantes dans les grès et argilites houillers du bassin de Prades-Jaujac.