Lundi 6 Juillet 2026

La Montagne du Goulet et le Mont Ventoux, un alignement géographique et géologique remarquable

Voir le Mont Ventoux depuis la Lozère est assez facile. Du moins depuis les crêtes cévenoles, où sa silhouette bleutée domine l’horizon au sud-est dès que le temps est suffisamment clair. Mais plus on va vers l’ouest, moins c’est évident. Sur la N88 entre Mende et Langogne, au col de la Pierre Plantée, on arrive sur la plaine de Montbel, qui est le dernier lambeau des Grands Causses vers le Nord. D’ici, très exceptionnellement, on peut deviner la silhouette du Géant de Provence, à 135 km au sud-est, pile dans l’axe de la vallée du Chassezac, mais il faut des conditions météo exceptionnelles, ou un ciel d’hiver particulièrement limpide. Ou encore un rétro-éclairage au lever du soleil, comme ce matin de Septembre entre 2008 et 2011 (la date exacte m’échappe, l’image ayant un moment disparu comme de nombreuses autres à la suite d’un crash de disque dur sans sauvegarde récente – heureusement dans les cas désespérés, certains logiciels sont capables de récupérer une partie des documents, ouf !).

Point de prise de vue : N 44.586, E 3.664 – Photo Laurent Massé.

J’ai recadré l’image sur cette silhouette spectrale violacée, qui ce jour-là montrait parfaitement un des principaux caractères du Ventoux, à savoir sa dissymétrie, avec un versant nord côté Drôme et Baronnies relativement abrupt, et un versant sud côté Vaucluse et plateau d’Albion beaucoup plus doux (n’en déplaise aux nombreux cyclistes qui s’y sont attaqués…). Cette dissymétrie est liée au fait que ce relief est chevauchant vers le nord le long d’un accident majeur, le chevauchement Ventoux-Lure. Parfaitement parallèle aux Pyrénées, comme on peut le voir sur l’extrait de la carte géologique de France ci-dessous, il est aussi parfaitement aligné avec deux reliefs lozériens, également parallèles aux Pyrénées, qui lui font face de l’autre côté de la vallée du Rhône. Ce sont le Mont Lozère et la Montagne du Goulet, également dissymétriques comme le Ventoux, car eux aussi chevauchants vers le nord, le long des failles d’Orcières et du Goulet respectivement.

Extrait de la carte géologique de la France à l'échelle du millionième, sixième édition révisée - © 2003 — BRGM

La Montagne du Goulet et le Mont Lozère, les « petites Pyrénées » lozériennes

Sur la première image, on devine à peine, à droite, le flanc nord de la Montagne du Goulet. Sur la vue plus large ci-dessous, prise depuis la route d’Allenc, on voit l’intégralité du relief (ainsi qu’un petit bout du Mont Lozère tout-à-fait à droite). Ce jour-là, malgré un temps clair, le Ventoux est d’ailleurs parfaitement invisible, même en zoomant, comme neuf fois sur dix depuis cet endroit – la première image a été rajoutée en médaillon à la même dimension pour savoir où chercher le Ventoux éventuellement.

Point de prise de vue : N 44.586, E 3.664 – Photo Laurent Massé.

La dissymétrie des deux flancs du Goulet se devine un peu, et on distingue également à sa base un bourrelet de collines nettement moins boisées que le sommet. Ce sont des plateaux calcaires, qui s’étendent depuis Larzalier jusqu’au Giraldou au-dessus de Belvezet, et se prolongent vers l’est dans la vallée du Chassezac presque jusqu’à Prévenchères. Ils sont mieux visibles depuis Les Salesses sur l’image ci-dessous.

Point de prise de vue : N 44.59, E 3.735 – Photo Patrick Petit.

Ces niveaux calcaires du jurassique moyen (environ 140 millions d’années) sont limités au sud par la faille du Goulet, le long de laquelle les schistes cévenols de la Montagne du Goulet (entre 550 et 300 millions d’années) ont été remontés de plusieurs centaines de mètres, très probablement lors de la formation des Pyrénées à l’Eocène (40 millions d’années). Difficile d’être plus précis sur la mise en place de ce relief, ainsi que celle du Mont Lozère plus au sud. A l’échelle régionale, on ne peut pas les dater plus précisément que post-jurassiques, puisque ce sont les niveaux les plus jeunes directement en contact avec les failles du Goulet et d’Orcières. Mais c’est justement le parallélisme de ces deux « petites Pyrénées lozériennes » avec le Mont Ventoux (et avec la chaîne pyrénéenne en elle-même) qui permet d’envisager une histoire commune. Or on sait que la principale phase de structuration de la chaîne Mont Ventoux – Montagne de Lure date de l’Eocène (40 millions d’années), même si elle a continué à se déplacer vers le Nord jusqu’à la fin du Miocène (une dizaine de millions d’années).

Réalisé avec Visualiseur Infoterre - https://infoterre.brgm.fr/viewer/MainTileForward.do - © BRGM.

Une faille parfaitement visible dans le paysage

Ce qui rend la Montagne du Goulet particulièrement remarquable (mais aussi le Mont Lozère dans une moindre mesure), c’est que, comme on peut le voir sur la vue Google Earth 3D ci-dessous, la faille du Goulet est très nettement visible dans le paysage puisqu’elle sépare au nord les terrains calcaires, systématiquement mis en valeur pour l’agriculture, des schistes cévenols boisés au sud. Le Mont Ventoux se devine à l’horizon, dans le prolongement de la faille du Goulet.

Réalisé avec Google Earth Pro - scans des cartes géologiques au 1/50000 - © BRGM.

Au niveau du sol, la limite de végétation et la limite géologique ne coïncident pas toujours exactement. Mais lorsque les terrains schisteux sont déboisés, comme c’est le cas ci-dessous au-dessus du hameau de La Peyre, les sols nettement plus acides qu’ils supportent n’ont pas la même utilisation, et la faille se voit quand même parfaitement dans le champ, juste au-dessus des balles de foin.

Point de prise de vue : N 44.571, E 3.759 – Photo Laurent Massé.

Encore plus à l’est, au sud de Chasseradès, la faille, qui limite les schistes recouverts de forêts au sommet, est toujours nettement visible, mais les lambeaux calcaires s’amenuisent considérablement. La base des calcaires est repérable au niveau de résineux au tiers supérieur de la zone déboisée. Toutes les prairies en dessous sont donc installées sur les schistes et gneiss, que le Chassezac creuse en gorges à l’aval du viaduc de Mirandol.

Point de prise de vue : N 44.549, 3.826 – Photo Laurent Massé.

Les alignements pyrénéens dans le Massif Central ne se limitent pas à la Montagne du Goulet et au Mont Lozère, même si ces deux reliefs sont remarquables. En particulier, sur l’extrait de la carte géologique de France plus haut, on devine nettement, plus à l’Ouest vers l’Aveyron, les grandes failles qui limitent et guident les causses de Séverac et Comtal. Ce sont également de vieux accidents qui ont été remobilisés lors de la mise en place des Pyrénées, et qui feront très certainement l’objet d’article(s) d’ici quelques semaines.

Pour aller plus loin

Malheureusement pas de publications récentes ou facilement accessibles sur le sujet de la semaine, mais ceux qui veulent aller plus loin trouveront un certain nombre d’informations dans la notice de la carte géologique au 1/50000 du Bleymard :

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La semaine prochaine : Au cœur du Cantal, le Puy Mary et la vallée de l’Impradine