Lundi 21 Septembre 2026

La forêt de Huelgoat et les Monts d’Arrée

Nichée au cœur de la forêt de Huelgoat, au sud-est immédiat des Monts d’Arrée, la Mare aux Sangliers est l’un des nombreux sites aux dénominations plus ou moins fantastiques que le promeneur pourra découvrir au détour des nombreux sentiers de randonnée qui sillonnent ce massif forestier domanial finistérien, d’une superficie de 1170 hectares. On y accède très facilement depuis le parking de la maison forestière de l’Arquellen, 500m à l’est du village de Huelgoat. De là, un sentier remontant vers le nord longe la rive droite d’un petit ruisseau, qu’il franchit 400 m plus loin. C’est largement suffisant pour s’immerger dans l’ambiance des lieux, à la fois très sereine et vaguement inquiétante. Souvent confondue avec la forêt de Brocéliande, en réalité située dans le Morbihan, la forêt de Huelgoat doit son atmosphère de légendes bretonnes aux chaos de granite qui constituent son substrat, et que recouvre une forêt dense et moussue, adaptée à l’humidité constante des lieux.

Point de prise de vue : 48.371 N, 3.737 W – Photo Patrick Petit.

Le ruisseau serpente à travers des blocs de granite très arrondis, au pied desquels il forme une petite mare aux eaux très brunes, chargées de solutions colloïdales d’acides humiques et fulviques résultant de la dégradation d’une matière organique abondante. C’est la même couleur que celle que l’on retrouve dans les eaux drainant les tourbières d’altitude, ou les zones marécageuses des régions côtières. Quant au granite, il est difficile à observer car patiné et recouvert de mousses. Nous sommes dans le Geopark Armorique, donc bien entendu, interdiction d’user du marteau pour dégager des cassures fraîches. On se contentera ainsi des images existantes de ce monzogranite porphyrique varisque. Très comparable à celui de Margeride dont nous parlions il y a quelques semaines, il est légèrement plus ancien (335 millions d’années, soit le Carbonifère moyen ou Viséen).

Au pays des fées et des korrigans

Sur le chemin du retour au parking de l’Arquellen, on pourra faire un détour vers la Grotte d’Artus, qui tire son nom de l’oppidum gaulois du Camp d’Artus à 1 km au nord-ouest. Ici, les blocs de granite ménagent un étroit passage dans lequel il faut avancer courbé, en prenant garde à ne pas glisser sur la roche humide, d’autant que les blocs de granite entièrement recouverts de mousse ne vous seront d’aucun secours pour vous retenir en cas de chute. Bien d’autres sites aux noms évocateurs sont à découvrir au hasard des sentiers, parmi lesquels le Gouffre de la Rivière d’Argent, le Champignon, la Grotte du Diable, le chaos du Ménage de la Vierge, ou encore la Mare aux Fées.

La Grotte d'Artus en forêt de Huelgoat découverte géologique Finistère
Point de prise de vue : 48.369 N, 3.736 W – Photo Danielle Le Corre.

L’atmosphère des lieux est en grande partie liée aux formes fantomatiques, vaguement humaines, que prennent les moindres branches couvertes de mousse. On ne peut s’empêcher d’imaginer d’innombrables bras, tendus pour piéger et emprisonner le promeneur imprudent qui oserait s’écarter du sentier. On s’attend d’ailleurs à voir surgir un korrigan derrière chaque bosquet, mais lors de notre passage ils ne se sont malheureusement pas montrés.

Point de prise de vue : 48.368 N, 3.735 W – Photo Danielle Le Corre.

Si les branches moussues ne sont pas l’apanage de la forêt de Huelgoat, en revanche ces troncs tortueux qui semblent implantés à même le roc sont plus caractéristiques. Recouverts d’humidité, leurs écorces luisantes évoquent des membres ridés et déformés par des douleurs que l’on imagine lancinantes. Quant aux chaos granitiques, ne dit-on pas qu’ils sont l’œuvre de Gargantua ? Mais ça, on le dit partout où il y a des blocs en équilibre instable et autres curiosités géologiques remarquables !

Point de prise de vue : 48.368 N, 3.735 W – Photo Danielle Le Corre.

Le granite de Huelgoat, au cœur d’un anticlinal au pied des Monts d’Arrée

Le granite de Huelgoat au sens strict (en rose vif sur la carte ci-dessous) est la deuxième des trois auréoles concentriques qui forment le massif de granite de Huelgoat au sens large. Les deux autres auréoles (granite de la Feuillée au nord, granite du Cloître au centre) ne sont pas porphyriques. L’ensemble forme une ellipse d’une quinzaine de kilomètres de longueur sur une dizaine de largeur, insérée au cœur d’une structure anticlinale de formations sédimentaires paléozoïques. Allongée dans une direction est-nord-est / ouest-sud-ouest, elle est bordée dans son grand axe par deux accidents décrochants dextres. Celui du sud-est, visible au sud immédiat du village de Huelgoat, sépare l’anticlinal du bassin carbonifère de Châteaulin. Celui du nord-est, parfaitement visible de Roudouderc’h à Trédudon-le-Moine, le sépare du synclinal pincé et faillé des Monts d’Arrée, lui-même bordé au nord-ouest par le granite de Commana, d’âge similaire à celui de Huelgoat. Toute cette structure a été acquise lors de la phase majeure de formation du Massif Armoricain à la fin de l’orogenèse varisque, qualifiée de « phase bretonne », au Carbonifère moyen (350 à 320 millions d’années).

Réalisé avec Visualiseur Infoterre - https://infoterre.brgm.fr/viewer/MainTileForward.do - © BRGM.

Pour comprendre en un coup d’œil la structure de ce secteur, il faut se reporter à l’excellent document pédagogique du Geopark Armorique (également en lien à la fin de cet article), sur lequel on voit parfaitement le synclinal des Monts d’Arrée, et l’anticlinal de Huelgoat avec le massif granitique en son coeur. Entièrement couvert de forêts, il transperce les schistes briovériens qui, sans affleurer réellement, déterminent la zone déprimée et marécageuse autour du lac artificiel de Saint-Michel. Les séries sédimentaires sus-jacentes, qui s’étendent de l’Ordovicien au Dévonien, forment le relief en fer à cheval couvert de landes qui encercle à l’ouest le massif granitique. Nettement visible sur la perspective 3D Google Earth ci-dessous, il est, avec le Menez Hom au sud-ouest, l’un des éléments marquants du paysage finistérien, comme on pourra le constater sur les images satellite du département.

Réalisé avec Google Earth Pro - scans des cartes géologiques au 1/5000 - © BRGM

Dans le détail, ces reliefs en fer à cheval ne se développent pas partout sur les mêmes formations géologiques. Au sud et à l’ouest, ils correspondent au « grès armoricain » (dont nous reparlerons d’ici quelques semaines), en réalité un quartzite, premiers dépôts sédimentaires de la transgression paléozoïque, datés du Floien (477 à 470 millions d’années). Il s’agit des éminences claires à l’avant-plan de la perspective ci-dessus, qui forment les reliefs du Menez Kador et du Menez Mikel (supportant la chapelle Saint-Michel de Brasparts, dernière image de cet article), et se prolongent en direction du sud-est jusqu’au Menez Du. Au nord en revanche, le grès armoricain ne forme plus qu’une étroite bande pincée entre les deux branches du décrochement, et dominée par les reliefs des Monts d’Arrée, correspondant aux schistes et quartzites de Plougastel, plus récents (Siluro-Dévonien, 420 à 415 millions d’années). Au sud de l’anticlinal, ces mêmes formations ne déterminent en revanche aucun relief.

De vastes étendues de landes au sommet du Massif Armoricain

Sur la vue panoramique ci-dessous, prise depuis la chapelle Saint-Michel de Brasparts en Avril, le grès armoricain est couvert d’une pelouse verte qui contraste avec les teintes brunes des landes qui couvrent l’essentiel du paysage. Au second plan, elles correspondent aux tourbières de la réserve naturelle du Venec, formant la zone déprimée qui ceinture le réservoir Saint-Michel. Construit à partir de 1937, le barrage de Nestavel avait pour but de réguler le cours de l’Ellez. Sur la rive opposée du lac, il jouxte l’ancienne centrale nucléaire de Brennilis, mise en service en 1967, et en cours de démantèlement depuis 1985 (suite à deux attentats du FLB), et ce jusqu’en 2040. A l’horizon à gauche de l’image le Menez Kador (en grès armoricain) passe au centre aux reliefs des Monts d’Arrée. Le point culminant du Massif Armoricain, Roc’h Trévezel (384 m), est la petite éminence boisée juste à la gauche de l’antenne relais.

Point de prise de vue : 48.35 N, 3.945 W – Photo Patrick Petit et Laurent Massé.

Depuis le sommet de Roc’h Trévezel, les éperons de schistes et quartzites de Plougastel sont bordés vers le nord d’un escarpement marqué, et dominent d’une centaine de mètres les étendues boisées qui s’étendent en direction de Landivisiau, du Léon et des côtes de la Manche.

Roc'h Trévézel découverte géologique Finistère
Point de prise de vue : 48.407 N, 3.911 W – Photo Patrick Petit.

Visible de loin sur sa colline de grès armoricain, la chapelle Saint-Michel de Brasparts, perchée à 381 m d’altitude, domine tout le Finistère. Elle a fait l’objet d’une campagne de rénovation récente. Ces paysages de landes au charme indéniable sont malheureusement menacés par le réchauffement climatique, comme en témoignent les incendies de 2022 qui ont ravagé le secteur.

La chapelle Saint-Michel de Brasparts découverte géologique Finistère
Point de prise de vue : 48.35 N, 3.946 W – Photo Patrick Petit et Laurent Massé.

Pour aller plus loin

Sur la forêt de Huelgoat : par Pascal Gautier, sur le site de l’Office National des Forêts.

Sur les chaos de la forêt de Huelgoat : par Nicolas Adell, un article de 2023 dans la revue Techniques & Culture, sur le site Cairn Info.

Sur l’histoire géologique des paysages des Monts d’Arrée : un très joli document pédagogique sur le site du Geopark Armorique.

Pour découvrir les Monts d’Arrée : un itinéraire proposé sur le site Les routes touristiques en France.

Sur la chapelle Saint-Michel de Brasparts et les Monts d’Arrée : des photos et des suggestions de circuits de randonnée, sur le site Bouger et voyager !

Sur la chapelle Saint-Michel de Brasparts : par Yannic Le Bihan, sur le site Saint-Jacques de Compostelle Bretagne.

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La semaine prochaine : Au cœur des « enfers » lozériens de la vallée du Lot